À Kiev, la guerre ne se résume pas aux images de destructions diffusées dans les médias. Derrière une apparente normalité, les habitants vivent au rythme des sirènes, des alertes aériennes et des bombardements.
Lors d’un séjour en Ukraine du 11 au 16 mai 2026 avec un groupe de journalistes africains, nous avons été confrontés à cette réalité dans la nuit du 13 au 14 mai, lorsque la Russie a mené l’une de ses plus importantes offensives aériennes contre l’Ukraine depuis le début de l’invasion à grande échelle.
Onze journalistes venus de sept pays africains – le Bénin, le Cameroun, la République démocratique du Congo (RDC), la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Togo – ont participé à ce déplacement organisé par le ministère ukrainien des Affaires étrangères, en coopération avec le Service européen pour l’action extérieure (SEAE), dans le cadre de l’Initiative de renforcement des capacités en communication stratégique UE-Ukraine. Parmi eux figurait également Bernadette Ayibé, journaliste à Savoir News.
Sous les sirènes, une ville qui refuse de s’arrêter
Lorsque l’on arrive à Kiev pour la première fois, rien ne laisse immédiatement penser que la capitale ukrainienne est en guerre depuis plus de quatre ans. Les voitures circulent, les commerces sont ouverts, les restaurants accueillent leurs clients et les habitants poursuivent leurs activités quotidiennes.
Cette apparente normalité surprend. L’image que beaucoup se font de Kiev est celle d’une ville entièrement détruite, où les explosions sont permanentes. Sur place, la réalité est plus complexe. La guerre est bien présente, mais elle surgit sans prévenir.
Le 13 mai 2026, alors que nous participions à un programme réunissant plusieurs journalistes africains à l’Université nationale Taras Chevtchenko de Kiev, les téléphones se sont soudainement mis à sonner. Une alerte aérienne venait d’être déclenchée. Quelques secondes plus tard, les sirènes retentissaient dans toute la ville.
Rapidement, chacun adopte le même réflexe. Étudiants, enseignants, visiteurs et habitants rejoignent les abris aménagés dans les sous-sols des bâtiments publics. Les alertes se succèdent parfois plusieurs fois dans la même journée ou au cours d’une même nuit. Cette fois encore, personne ne sait si l’attaque se limitera à quelques drones ou si elle prendra une tout autre ampleur.
Une nuit sous les bombardements
Quelques heures après notre retour à l’hôtel, la nuit bascule. Vers deux heures du matin, de nouvelles alertes retentissent. Les occupants de l’établissement descendent aussitôt dans le sous-sol transformé en refuge. Les explosions résonnent au loin tandis que les systèmes de défense aérienne entrent en action.
Dans la nuit du 13 au 14 mai, la Russie lance une attaque massive combinant missiles et drones contre l’Ukraine. Selon l’armée de l’air ukrainienne, 675 drones et 56 missiles sont alors employés. Sur l’ensemble des deux jours, les autorités ukrainiennes font état de plus de 1 500 drones lancés contre le pays, auxquels s’ajoutent 56 missiles. Cette offensive est présentée comme l’une des plus importantes attaques aériennes russes depuis le début de l’invasion à grande échelle.
À Kiev, plusieurs bâtiments résidentiels sont touchés. Les secours sont rapidement mobilisés pour rechercher d’éventuels survivants sous les décombres.
Cette nuit-là, nous restons plusieurs heures à l’abri avec des habitants de Kiev, tandis que la défense antiaérienne tente d’intercepter les projectiles russes.
Au cœur des opérations de secours
Au lever du jour, nous nous rendons sur l’un des sites touchés dans la capitale. Le quartier est entièrement bouclé par les forces de sécurité. Des immeubles résidentiels ont été gravement endommagés. Les équipes du Service national des situations d’urgence fouillent sans relâche les gravats à l’aide de grues, de chiens de recherche et d’équipements spécialisés. Les ambulances restent mobilisées tandis que des habitants observent, impuissants, les opérations.
Sur place, le chef du Service national des situations d’urgence d’Ukraine, Andrii Danyk, fait le point devant les journalistes.
« Plusieurs personnes ont déjà été secourues, mais d’autres sont encore ensevelies sous les décombres. Malgré le risque de nouvelles frappes, les recherches se poursuivent. Des psychologues accompagnent également les familles qui attendent des nouvelles de leurs proches », a-t-il expliqué.
À mesure que les heures passent, le bilan humain s’alourdit. Les autorités ukrainiennes font finalement état de 24 morts et 48 blessés à Kiev. Les opérations de secours se poursuivent alors que les équipes s’emploient à sécuriser les sites touchés et à rechercher d’éventuelles victimes.
Le silence qui règne sur les lieux n’est rompu que par le bruit des engins de déblaiement, les sirènes des véhicules de secours et les appels des sauveteurs.
À Kiev, la guerre n’est jamais loin. Même lorsque la ville semble vivre normalement, elle peut, en quelques minutes, replonger dans l’urgence et le fracas des bombardements. FIN
Bernadette AYIBE (En Ukraine du 11 au 16 mai 2026)