
« Les systèmes alimentaires africains subissent un contrôle important de la part de multinationales étrangères », a dit Pr Goïta ce samedi 15 août 2026 lors de sa communication sur les enjeux des grands groupes agroalimentaires dans le secteur agricole mondial.
« Cela affaiblit la souveraineté alimentaire des pays du continent. Ils deviennent aussi très vulnérables aux chocs économiques mondiaux », a-t-il ajouté.
Enseignant universitaire et Directeur de l’Institut de recherche et de promotion des alternatives en développement (IRPAD), Pr Goïta fait partie des intervenants du colloque scientifique organisé par l’organisation pour l’alimentation et le développement local (OADEL) dans le cadre du Festival « La Marmite », qui se tient du 12 au 16 août 2026 à Lomé.
« L’Afrique est piégée dans un « circuit vicieux » en raison de la mainmise exercée par un petit groupe d’entreprises. Aucune d’entre elles n’est africaine. Elles contrôlent l’ensemble de la chaîne de valeur, des facteurs de production comme les semences, les pesticides et les équipements, à la transformation, puis à la commercialisation et au commerce international », explique-t-il.
Un contrôle qui étouffe les intrants et les marchés
Cette domination, selon le communicateur, se remarque surtout dans les secteurs stratégiques. L’intervenant note par exemple qu’environ 58 % des revenus mondiaux tirés des semences commerciales vont à un petit groupe de multinationales. Bayer détient à lui seul environ 20 % du marché.
Il précise, pour la distribution, que les cinq premières chaînes de supermarchés mondiales concentrent 11 % des dépenses mondiales des ménages. Une seule entreprise sud-africaine arrive à se faire une place au niveau international.
« Un continent comme l’Afrique, qui est très peu industrialisé dans l’agriculture et l’élevage, se retrouve bloqué. Nous dépendons de ces multinationales pour acheter nos intrants. Nous comptons aussi sur elles pour transformer nos produits », explique Pr Goïta.
Il souligne que ce modèle cause une perte d’emplois, une baisse de la valeur économique et une dépendance plus forte à des aliments importés non traditionnels, comme le blé ou le riz.
« Même la recherche scientifique n’échappe pas à ce constat. Orientée et financée par ces grands groupes pour leurs propres besoins, elle prive les États des compétences des chercheurs locaux formés par le secteur public », explique-t-il.
Des crises mondiales importées : l’exemple du maïs et des agrocarburants
Le chercheur explique que cette dépendance a eu des effets visibles pendant les trois grandes crises des 15 dernières années. Il s’agit de la crise alimentaire de 2008, de la pandémie de Covid-19 en 2019 et du conflit.
En revenant sur les émeutes de la faim de 2008, le directeur de l’IPRAD a rappelé qu’elles venaient d’un choc sur l’offre de maïs.
Il souligne que le maïs avait été massivement détourné vers la production de biocarburants par des multinationales. Cela incluait aussi de grands groupes pétroliers comme Total. Cette forte demande dans le secteur énergétique a fait grimper les prix du maïs jusqu’à 42 %. D’autres céréales importantes comme le riz ont suivi cette hausse.
« Ce jeu d’entente ou de rétention des stocks par les multinationales fixe des prix bien au-dessus de nos moyens, ce qui déstabilise directement les ménages et les finances des États africains », souligne-t-il, ajoutant qu’il faut repenser l’investissement public pour sortir de la dépendance.
Pour sortir de ce cercle vicieux, le chercheur demande aux gouvernements africains de changer complètement de stratégie, en renforçant l’investissement dans l’agriculture, l’élevage et la pêche. FIN
Ambroisine MEMEDE