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Togo : dans les coulisses de l’infidélité masculine (REPORTAGE)

Entre recherche de plaisir, frustrations sexuelles, incompréhensions conjugales et convictions culturelles, l’infidélité masculine revêt plusieurs visages.

Si certains hommes reconnaissent leur envie de découvrir d’autres partenaires, d’autres invoquent les difficultés rencontrées dans leur foyer pour expliquer leurs écarts.

Quatre hommes livrent leurs perceptions, leurs expériences et leurs justifications sur une pratique qui continue de faire débat dans les relations de couple.

La fidélité n’a pas toujours la même signification pour tous les hommes. Pour certains, elle constitue un engagement moral envers leur partenaire. Pour d’autres, les désirs personnels, les frustrations ou les difficultés de la vie conjugale peuvent conduire à chercher ailleurs.

Derrière les discours sur l’amour et le mariage se dessine parfois une autre réalité, faite de tentations, de relations extraconjugales et de justifications.

Pourquoi un homme engagé dans une relation décide-t-il d’entretenir une liaison avec une autre femme ? Est-ce la monotonie, l’insatisfaction sexuelle, le manque de considération ou simplement le désir de vivre de nouvelles expériences ?

Les réponses varient selon les individus. Les hommes interrogés avancent chacun des raisons qui, à leurs yeux, permettent de comprendre leur comportement.

Pour le journaliste Carlos Tobias, il serait difficile de ramener l’infidélité masculine à une seule cause. Les motivations varient d’un individu à l’autre et dépendent notamment de son éducation, de sa personnalité, de son environnement et de sa culture.

Certains hommes évoquent un changement de comportement de leur épouse, d’autres une diminution du désir ou encore une envie de nouveauté. 

« Il n’y a pas de raisons passe-partout. À chaque personne sa raison et on ne peut pas généraliser », souligne-t-il.

Il reconnaît également que certains hommes prennent simplement du plaisir à regarder ailleurs, même lorsqu’ils sont déjà engagés dans une relation. La recherche de nouvelles expériences peut ainsi constituer une motivation à part entière.

Dans cette perspective, l’infidélité ne découle pas nécessairement d’une crise conjugale. Elle peut aussi relever d’un choix personnel, indépendamment de la qualité de la relation avec la partenaire.

Mais à partir de quand peut-on véritablement parler d’infidélité ? Pour Carlos Tobias, la réponse se trouve dans l’engagement initial des partenaires. Il distingue notamment une relation polygame annoncée dès le départ d’une relation extraconjugale entretenue dans le secret.

« Un homme qui est infidèle, c’est un homme qui a clairement dit à une femme : +Je ne serai qu’avec toi+ et qui, après, va voir une autre femme sans le lui dire. Mais si le monsieur a clairement annoncé qu’il sera polygame, là, on comprendra », explique-t-il.

À ses yeux, le problème réside donc dans la rupture de l’engagement et le manque de transparence envers la partenaire. Un homme qui ne souhaite plus respecter les conditions initiales de sa relation devrait avoir le courage de le reconnaître plutôt que de mener une double vie.

« Il faut tenir ses engagements, dire non à ce qu’on ne veut plus et dire oui à ce qu’on veut. Si tu ne veux plus de ta femme, autant divorcer et passer à autre chose », conseille-t-il.

Quand les frustrations du couple conduisent à chercher ailleurs

Chez certains hommes, les relations extraconjugales sont présentées comme une réponse aux frustrations accumulées dans le foyer. La sexualité occupe notamment une place importante dans les explications avancées. C’est le cas de Mathias Kolou, ingénieur, qui reconnaît ne pas être satisfait de sa vie intime avec son épouse.

Il évoque principalement une différence de désir sexuel entre les deux partenaires. Alors qu’il dit éprouver un besoin régulier de rapports intimes, il estime que son épouse ne partage plus les mêmes attentes depuis leur installation en couple. Une situation qu’il vit difficilement et qui, selon lui, le pousse à rechercher ailleurs ce qu’il ne trouve plus dans son foyer.

« J’aime tellement le sexe, mais ma femme non. Avant de se connaître, oui, mais arrivée dans le couple, elle a commencé à se désister parce que j’en demandais plus. C’est ma libido. J’aime la toucher chaque fois que je la vois, mais elle non. C’est quelque chose qui me frustre », confie-t-il.

À cette insatisfaction sexuelle s’ajoutent des difficultés de communication. Il reproche également à son épouse de le contredire régulièrement au cours de leurs discussions. Pour lui, le respect et la compréhension mutuelle sont essentiels dans une relation. Il affirme trouver auprès d’autres femmes une disponibilité et une écoute qu’il estime ne plus avoir à la maison.

« Ce n’est pas par pur plaisir qu’un homme va voir ailleurs ou trompe sa partenaire. C’est compte tenu de son comportement ou de la manière dont elle agit envers ma personne », soutient-il.

S’il reconnaît que l’infidélité est mal perçue, il considère que ses frustrations permettent de comprendre ses choix.

Cette perception se retrouve, sous une autre forme, dans le témoignage d’Ayouba Sangaré, commerçant. Lui aussi évoque le comportement de son épouse et les difficultés rencontrées dans leurs échanges.

Il lui reproche de compliquer certaines situations qu’il juge pourtant simples, de lui coller des étiquettes et de ne pas toujours adopter l’attitude qu’il attend d’elle.

« Il y a des choses très simples qu’il faut faire, mais elle voit ça comme quelque chose de compliqué et de stressant. Parfois, elle est celle que je veux, pure et innocente, mais d’autres fois, c’est une tigresse qui n’abandonne pas facilement sa proie », raconte-t-il.

Ces changements d’attitude, selon lui, finissent par peser sur leur relation. Il affirme que le manque de respect et les tensions le poussent à rechercher ailleurs une compagnie plus conforme à ses attentes.

Il ajoute qu’il existe aujourd’hui de nombreuses possibilités de rencontres, une réalité qui, selon lui, facilite les écarts.

À travers ces deux témoignages, une tendance se dégage : les frustrations sexuelles et les difficultés relationnelles sont régulièrement avancées pour expliquer les infidélités. Les hommes interrogés mettent particulièrement l’accent sur les comportements de leurs conjointes, leur disponibilité et leur manière de communiquer. Mais ces insatisfactions suffisent-elles à expliquer le recours à une relation extraconjugale ? Et dans quelle mesure peuvent-elles engager la responsabilité de l’autre partenaire ? Car éprouver des frustrations dans son couple et décider de tromper son partenaire restent deux réalités distinctes.

Fidélité et polygamie : une question de perception Culturelle

La question de l’infidélité ne se limite pas aux expériences personnelles. Elle renvoie également aux représentations culturelles et aux différentes conceptions du mariage.

Dans certaines communautés, la polygamie a longtemps été considérée comme une forme d’organisation familiale admise. C’est à partir de cette distinction que Kofi Telli, journaliste, défend une lecture traditionnelle des relations entre hommes et femmes.

Se réclamant de la pensée de certaines communautés animistes, vodouisantes et traditionalistes, il estime que, dans les traditions auxquelles il se réfère, un homme pouvait avoir plusieurs épouses sans que cela soit considéré comme une tromperie. Il soutient même que la polygamie, dans sa conception originelle, était organisée avec la participation de la première épouse.

« Les femmes qui viennent après la première étaient choisies par la femme qui était déjà là. C’est elle qui choisissait les femmes et décidait du moment où son mari pouvait en avoir d’autres », affirme-t-il.

Pour expliquer cette organisation, il évoque plusieurs circonstances dans lesquelles la première épouse pouvait être amenée à proposer une autre partenaire à son mari. Il cite notamment les périodes de menstruation, la grossesse et certaines obligations spirituelles liées aux fonctions traditionnelles. Dans ces situations, explique-t-il, les restrictions concernant les rapports sexuels pouvaient conduire à une autre organisation de la vie intime du foyer.

« Lorsque la femme est enceinte ou pendant ses périodes de menstrues, on ne la pénètre pas. Il y a aussi des conditions spirituelles, lorsque la femme doit exercer certaines fonctions traditionnelles et respecter des périodes d’abstinence. Elle ne peut alors plus vivre sa sexualité comme les autres femmes. Elle peut être amenée à choisir une autre femme pour son homme », explique-t-il.

Kofi Telli insiste ainsi sur la différence qu’il établit entre cette conception traditionnelle et certaines pratiques contemporaines de la polygamie. Il critique notamment une organisation dans laquelle la situation financière de l’homme devient, selon lui, le principal critère pour multiplier les épouses.

« La polygamie qui existe aujourd’hui, où l’homme qui a de l’argent peut avoir plusieurs femmes, c’est autre chose. La polygamie à l’origine était, selon notre conception, une institution créée par les femmes mariées », soutient-il.

Sa conception repose également sur une distinction entre les rôles attribués à l’homme et à la femme dans certaines traditions. Il considère que l’homme peut avoir plusieurs femmes, tandis que la femme doit rester attachée à un seul partenaire.

« En Afrique, un homme ne trompe pas sa femme. Une femme peut tromper un homme. La femme est le réceptacle de la vie et le socle de la société. Elle ne peut avoir qu’un seul homme, tandis que l’homme peut avoir plusieurs femmes », avance-t-il.

Cette position traduit une vision particulière des rapports conjugaux, que Kofi Telli rattache à certaines traditions. Elle contraste avec celle de Carlos Tobias, pour qui la fidélité dépend avant tout du respect de la parole donnée et du consentement des partenaires. Ces deux témoignages montrent ainsi que la frontière entre infidélité et polygamie ne fait pas l’objet d’une perception unique.

Entre justifications et responsabilité

Au fil des témoignages, les raisons avancées par les hommes interrogés dessinent plusieurs réalités. La recherche de plaisir, les frustrations sexuelles, les désaccords conjugaux et les convictions culturelles reviennent dans leurs explications. Mais un autre élément mérite attention : la tendance de certains à attribuer à leur partenaire une partie de la responsabilité de leurs écarts.

Pourtant, les difficultés rencontrées dans une relation ne conduisent pas nécessairement à l’infidélité. Elles peuvent aussi ouvrir la voie à une discussion, à une remise en question ou à une décision de séparation. 

Les frustrations peuvent éclairer les tensions d’un couple, mais elles ne font pas disparaître la responsabilité individuelle de celui qui choisit d’entretenir une relation parallèle. C’est précisément sur ce point que Carlos Tobias insiste lorsqu’il invite les hommes à ne pas trahir leurs engagements.

« Si vous faites mal à quelqu’un, attendez-vous aussi à un retour », prévient-il.

Au terme de ces témoignages, une évidence se dégage : les hommes interrogés ne vivent pas leur engagement conjugal de la même manière. Certains revendiquent leur liberté de multiplier les expériences, d’autres expliquent leurs écarts par les frustrations de leur vie de couple, tandis que d’autres encore inscrivent leurs positions dans une lecture culturelle de la fidélité.

Mais derrière ces explications demeure une question essentielle : peut-on construire une relation durable lorsque les attentes, les désirs et les engagements ne sont plus partagés ? FIN

Bernadette AYIBE

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