
Une femme maraîchère de Kassi
« Avec FFA, Zéro faim à Kassi ». Tel est le slogan frappé sur les tee-shirts portés par des femmes maraîchères de Kassi, un village de la région de la Kara, dans le nord du Togo, à environ 440 km de Lomé.
Au milieu des cultures à perte de vue, Massama Lémon, maraîchère, s’affaire à récolter ses piments. Comme elle, des dizaines d’hommes et de femmes pratiquent le maraîchage à Kassi, où 25 groupements de producteurs sont installés le long de la rivière. Ils cultivent principalement la tomate, le gombo, le piment vert et l’adémè. Le chou figure également parmi les cultures pratiquées dans la localité.
Les conditions de production ont évolué depuis le lancement, en 2024, du projet Food for Assets (FFA), ou « Assistance alimentaire pour la création d’actifs », mis en œuvre dans les régions de la Kara et des Savanes par le gouvernement togolais en collaboration avec le Programme alimentaire mondial (PAM), grâce au soutien financier de Australian Aid.
Sa coordination est assurée par le ministère chargé du Développement à la base, à travers l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB), avec l’appui des ministères chargés de l’Agriculture et de l’Éducation nationale.

« Ce projet a changé beaucoup de choses dans notre vie », affirme Massama Lémon, en montrant la quantité de piments récoltés en quelques minutes.
À Kassi, le projet a notamment permis de construire des puits maraîchers et de réhabiliter des pistes rurales. Ces réalisations, qui répondent aux besoins exprimés par les producteurs, visent à faciliter l’accès à l’eau pour l’irrigation et l’acheminement des récoltes vers les marchés.
« Avant la construction des puits, nous utilisions l’eau de la rivière. Il fallait parcourir environ 300 mètres pour aller chercher de l’eau afin d’arroser nos champs. Déjà dès fin octobre, la rivière s’asséchait et nous manquions d’eau. Maintenant, grâce aux puits, nous avons de l’eau à proximité et à tout moment. Au total, 20 puits maraîchers ont été construits dans le village », explique Mazabalo Yobou, l’un des principaux maraîchers de Kassi.
Comme d’autres producteurs de la localité, Essotom Potoh, qui cultive la tomate, le gombo, le piment et l’adémè depuis 2023, constate une évolution de son activité. La proximité de l’eau lui a permis d’agrandir ses superficies cultivées et d’accroître ses récoltes, avec des retombées positives sur les revenus de sa famille.
« J’ai davantage de revenus pour ma famille », se réjouit-il.
Les récoltes trouvent également des débouchés dans les cantines scolaires et sur les marchés. Une partie de la production est ainsi destinée à l’approvisionnement des cantines, tandis que le reste est commercialisé.
Au-delà de ces retombées économiques, le projet favorise également les liens entre les producteurs de plusieurs villages, selon Manawa Charlotte Gnassibou, point focal du FFA à l’Agence nationale d’appui au développement à la base (ANADEB) dans la région de la Kara.
« Dans ce village, le premier impact du projet est social et le deuxième est économique. Sur le plan social, le site maraîcher regroupe des producteurs de quatre villages qui travaillent dans une forte cohésion. Sur le plan économique, on observe une amélioration des rendements et une augmentation des superficies cultivées. Le FFA les accompagne également dans l’aménagement de nouvelles parcelles et la production de compost. Certains maraîchers ne disposaient pas de motopompes, mais avec l’augmentation des superficies cultivées, ils ont pu s’en procurer », explique-t-elle.
Restaurer les montagnes pour préserver les terres
En complément des activités maraîchères, le FFA intervient dans d’autres domaines, notamment la restauration des montagnes, le reboisement, l’aménagement d’ouvrages de collecte et d’irrigation de l’eau, ainsi que la fabrication de foyers améliorés.

Le programme prévoit également de renforcer les compétences des bénéficiaires en matière de gestion et d’entretien des actifs créés.
Dans le canton de Défalé, la montagne de Lao, fortement déboisée, est confrontée à la dégradation des terres et à l’assèchement de certaines sources d’eau. Pour contribuer à la restauration du site, les populations ont entamé, en juin 2024, la mise en terre des premiers plants.
Les travaux reposent notamment sur une approche d’aménagement des bassins versants – vulgarisée ces dernières années par le PAM – qui vise à mieux retenir l’eau de pluie et à favoriser son infiltration dans les sols. Sur les versants, des ouvrages de conservation des eaux et des sols sont réalisés pour limiter le ruissellement et favoriser la croissance des plants, même lorsque les précipitations sont faibles.
Dans les champs, les populations creusent également des tranchées d’environ un mètre de profondeur, un mètre de largeur et dix mètres de longueur. Ces ouvrages permettent de ralentir le ruissellement des eaux qui descendent des montagnes et peuvent ravager les cultures. Ils contribuent aussi à favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol et la recharge des nappes souterraines.
Ces aménagements commencent à offrir de nouvelles possibilités aux populations locales, qui peuvent ainsi poursuivre leurs activités agricoles et remettre en valeur des terres dégradées.
Dans la région de la Kara, quatre grands sites montagneux ont bénéficié du projet. À travers les travaux de restauration, l’objectif est également de contribuer à la régulation du ruissellement et à la création de conditions plus favorables à la végétation, dans un contexte marqué par les effets du changement climatique.

La réalisation des ouvrages mobilise directement les populations. En contrepartie de leur travail, les participants reçoivent une prime journalière.
Sur le site de Tchikawa, où 19.000 plants ont été mis en terre, plus de 600 personnes ont participé aux travaux, selon Pitikabalo, président du comité villageois de développement (CVD).
Parmi eux figure Tchoro Malawé, qui apprécie les retombées de cette activité sur son quotidien.
« Grâce au revenu tiré des activités menées depuis le début du projet, j’aide mon mari dans les petites dépenses », témoigne-t-elle.
Les foyers améliorés, un atout pour les ménages
Désireuse de renforcer les revenus de son ménage, Tchoro Malawé envisage de développer une activité génératrice de revenus en vendant du tchoukoutou, une boisson traditionnelle locale. Pour concrétiser ce projet, elle compte notamment s’appuyer sur les foyers améliorés, un autre actif promu dans le cadre du FFA.
« Nous avons appris à fabriquer ces foyers. Aujourd’hui, je peux aisément les fabriquer et aider aussi d’autres ménages qui sont dans le besoin « , se réjouit-elle, une houe à l’épaule.

À Kassi, Awéki Symkpawé, elle aussi formée à la fabrication de ces équipements, utilise l’un d’eux pour préparer du tchoukoutou. Penchée sur sa marmite, elle remue la boisson en pleine préparation.
Fabriqués à partir de matériaux locaux, ces foyers visent notamment à réduire la consommation de bois de chauffe. FIN
Emile KOUTON