
Le Réseau des femmes leaders pour le développement (RFLD) dénonce l’écart persistant entre les lois et les réalités en Afrique, dans son dernier rapport intitulé « Baromètre de Maputo 2026 ».
Il ressort de la ScoreCard citoyenne publiée par le RFLD que, plus de deux décennies après l’adoption du Protocole de Maputo, l’application effective des droits des femmes sur le continent africain reste marquée par de profonds contrastes.
Dotée du statut d’observateur auprès de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP), l’organisation panafricaine, a évalué 49 pays répartis sur quatre régions à partir de trois indicateurs clés : la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), l’accès à l’éducation et la représentation politique.
Un bilan continental aux contrastes saisissants
Si 46 des 55 États membres de l’Union Africaine ont désormais ratifié le texte continental, l’application sur le terrain demeure inégale.
Côté performances et records, le Rwanda conserve la première place mondiale en matière de représentation politique avec plus de 61 % de députées et le Cabo Verde s’impose comme le meilleur élève d’Afrique de l’Ouest avec des voyants au vert sur l’ensemble des indicateurs.
Au volet des urgences et régressionsle Niger enregistre le taux de mariage d’enfants le plus élevé au monde (76 %), tandis qu’en Somalie, la prévalence des mutilations génitales féminines (MGF) atteint 99 % en l’absence de loi d’application. De plus, trois pays (Kenya, Tanzanie, Mali) font face au refus manifeste de leurs parlements d’appliquer des réformes ou décisions de justice sur le genre.
Focus Afrique de l’Ouest : Progrès législatifs contre pesanteurs et crises
Dans la zone ouest-africaine, le rapport souligne les avancées du Bénin (accès élargi à l’avortement sécurisé), de la Sierra Leone (interdiction du mariage d’enfants en 2024) ou du Sénégal (loi sur la parité). Toutefois, la région fait face à de vives inquiétudes : des menaces législatives et blocages, l’impact des crises sécuritaires et les limites institutionnelles.
« En Gambie, les tentatives d’abrogation de la loi interdisant les MGF suscitent l’alarme. En Mauritanie, la loi-cadre Karama contre les VBG reste bloquée. Au Burkina Faso et au Mali, la fermeture massive d’écoles et les déplacements de populations entraînent une explosion des violences subies par les filles et les femmes.
Dans le domaine institutionnel, de nombreux pays, à l’instar du Togo ou du Nigéria, souffrent de l’absence de lois de quotas contraignantes ou d’une sous-représentation chronique au Parlement.
Les recommandations du RFLD
Pour combler le fossé entre le droit et la pratique, le RFLD appelle les États à accélérer les ratifications manquantes, à éliminer l’impunité des auteurs de VBG et à imposer la parité via des sanctions électorales effectives. L’organisation préconise également la gratuité des constatations médicales pour les victimes et le déploiement de traductions audio du Protocole en langues locales (haoussa, zarma, yoruba, goun) afin de sensibiliser les communautés rurales.
Notons qu’il s’agit de la deuxième édition du bilan annuel des droits humains publié par le réseau, une étude continentale sur la situation des droits des femmes dans les cinquante-cinq États membres de l’Union africaine. FIN
Ambroisine MEMEDE