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Togo: Tairou Taofik, l’Imam de Vogan qui promeut l’éducation des filles et l’autonomisation des femmes

Dans le canton de Vogan (environ 55 Km au nord de Lomé), Tairou Taoufik s’emploie à déconstruire les stéréotypes qui entravent encore l’avenir et l’épanouissement des femmes et des jeunes filles. A travers ses conseils et enseignements, l’Imam principal de la Mosquée centrale du canton de Vogan  souligne qu’il faut « donner le pouvoir aux femmes » pour leur autonomisation.

En s’opposant aux mariages précoces et en plaidant pour l’autonomisation économique des femmes, Taoufik fait partie des leaders traditionnels et spirituels, alliés indispensables au changement social.

Le déclic : l’histoire de Nassofa

Dans la collectivité musulmane de Vogan, la tradition et la coutume stipulent que la jeune fille de 13 ou 14 ans est assez mature pour le mariage, une norme que le religieux arrive à déjouer en faveur de la communauté. Ce dernier se souvient encore avec émotion du jour où le destin d’une jeune fille de la communauté a failli basculer :

« Un ami est venu me voir pour me dire que son neveu demandait sa fille en mariage. Je lui ai répondu : C’est impossible ! Impossible, car j’avais rencontré cette jeune fille et elle m’avait confié son rêve de devenir médecin. Elle venait tout juste d’obtenir son baccalauréat et c’était une élève très brillante », raconte-t-il.

Il n’arrivait pas à concevoir le fait qu’on puisse imaginer une telle histoire ou banaliser l’importance de la femme : »Nous avons aussi besoin de femme médecin! Il faut que les femmes puissent soigner leurs congénères. On ne peut pas accepter que les hommes soignent les femmes tout le temps : Avoir des femmes médecins, c’est un atout. Grâce à la tante de la jeune fille, j’ai pu obtenir qu’elle continue ses études de médecine », a-t-il expliqué, soulignant qu’elle est aujourd’hui une fierté pour sa famille et sa communauté.

Aujourd’hui, Nassofath a validé ses cinq premières années de médecine et effectue son stage hospitalier. Une immense fierté pour le dignitaire religieux :

« C’est un véritable atout pour notre communauté. Si j’avais autorisé ce mariage, nous serions passés à côté de cette chance. C’est un acquis dont je suis particulièrement fier », s’est-il réjoui.

Une rhétorique sociale et engagée

Pour l’Imam de Vogan, la lutte contre les mariages d’enfants touche à la dignité et à la survie économique de toute la collectivité.

Lors de ses prêches et réunions communautaires, il n’hésite pas à bousculer les hommes sur leur vision du foyer et du travail domestique :

  • Sur la responsabilité des ménages :  » Selon nos préceptes, il est demandé de payer la femme au foyer, chaque mois pour le travail accompli : elle cuisine, s’occupe de la maison, élève les enfants et prend soin du mari. Si un homme n’a pas les moyens de rémunérer sa femme pour ce travail, il doit lui permettre de travailler ou de mener une activité génératrice de revenus », a-t-il expliqué.
  • Sur la prévoyance face aux aléas de la vie : « Nul ne sait quand il va mourir. Permettre à une femme d’être autonome évite qu’elle ne se retrouve du jour au lendemain veuve, démunie et incapable de nourrir ses enfants ».

L’alliance stratégique avec la société civile

L’Imam Taofik fait partie des personnes-ressources formées et accompagnées par l’ONG La Colombe, une structure togolaise engagée dans la promotion de la santé, l’autonomisation des femmes et la lutte contre les violences basées sur le genre.

En s’appuyant sur les leaders d’opinion comme l’Imam Taofik, les actions de sensibilisation touchent directement le cœur des foyers. Aujourd’hui, grâce à ce pont jeté entre foi, droits humains et développement, de nombreuses femmes du canton de Vogan ont démarré une activité économique et de plus en plus de filles poursuivent sereinement leurs études.

ENCADRÉ : Le rôle clé des leaders religieux dans la Santé Sexuelle et Reproductive (SSR)

Dans de nombreuses localités d’Afrique de l’Ouest, les normes socioculturelles et religieuses constituent souvent les premiers freins à l’accès des jeunes filles à l’éducation. L’exemple de l’Imam Tairou Taofik illustre l’efficacité des approches inclusives : lorsque les dignitaires religieux sont formés et responsabilisés, ils arrivent à promouvoir les bonnes pratiques pour le développement communautaire, devenant ainsi des ambassadeurs et gardiens du progrès social, qui s’investissent à convaincre les pères de famille à investir dans l’avenir de leurs filles. fIN

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