
«Est-ce que je pourrai encore avoir des enfants ? ». La question accompagne parfois les premières discussions sur la contraception au Togo. Pour certaines femmes, la volonté d’espacer les naissances ou d’éviter une grossesse à un moment donné se heurte à une crainte : celle de compromettre leur capacité à devenir mères plus tard.
Entre expériences personnelles, rumeurs et informations parfois contradictoires, la peur de l’infertilité reste ainsi associée au recours à certaines méthodes contraceptives. Mais les données médicales disponibles apportent une réponse claire : les méthodes contraceptives modernes ne provoquent pas l’infertilité.
«Les méthodes de contraception constituent-elles un danger pour la fertilité féminine ? Absolument pas», affirme Élise Kakam, représentante résidente de l’UNFPA au Togo.
Pour elle, la contraception permet avant tout à une femme de mieux maîtriser sa fécondité et à un couple de décider du moment où il souhaite avoir un enfant et du nombre d’enfants qu’il peut prendre en charge. Elle rappelle que les services de planification familiale disposent de professionnels capables d’informer les femmes sur les différentes méthodes et de les accompagner dans leur choix.
Mais entre les recommandations médicales et les expériences vécues, le rapport à la contraception reste loin d’être uniforme.
Des expériences qui alimentent les inquiétudes
Adjo raconte avoir commencé à ressentir différents symptômes après la pose d’un implant. « Au début, tout semblait aller normalement. Puis sont apparus une prise de poids, des malaises, des douleurs corporelles, des sensations de brûlure et des maux de tête fréquents », témoigne-t-elle.
Mabelle dit, de son côté, avoir mal supporté un spermicide, évoquant des irritations et des réactions allergiques. Georgette rapporte une expérience négative avec un dispositif intra-utérin (DIU) au cuivre, après l’apparition de malaises, de démangeaisons et de douleurs qui l’ont conduite à retourner à l’hôpital pour faire retirer le dispositif.
Ces témoignages ne suffisent pas à établir que les symptômes décrits ont été directement causés par les méthodes utilisées. Ils illustrent cependant une difficulté : lorsqu’un changement intervient après le début d’une contraception, il peut être spontanément attribué à celle-ci, puis nourrir la méfiance ou la peur.
L’expérience est pourtant différente pour d’autres utilisatrices.
Lucie dit avoir choisi un DIU au cuivre pour espacer les naissances. Elle rapporte avoir connu, au début, des douleurs plus fortes au bas-ventre et des saignements plus abondants, avant une atténuation de ces désagréments.
Eugénie a, pour sa part, choisi la pilule. Elle apprécie son côté pratique et accessible, tout en rapportant une prise de poids et des règles devenues irrégulières.
Ces expériences montrent qu’une même méthode peut être vécue différemment d’une femme à l’autre. Elles montrent surtout la nécessité de distinguer les effets indésirables ou les modifications du cycle d’une véritable infertilité.
Infertilité et retour de la fertilité : une distinction essentielle
La question des effets de la contraception sur la fertilité reste toutefois discutée dans les échanges avec les professionnels de santé. Le médecin Pierre Landjro met notamment en garde contre certaines pratiques contraceptives et insiste sur la nécessité de ne pas banaliser l’utilisation de méthodes sans accompagnement médical.
Son intervention souligne l’importance d’une information adaptée sur les effets attendus des différentes méthodes, mais certaines affirmations sur le lien entre contraception et infertilité doivent être confrontées aux données médicales disponibles.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les contraceptifs oraux ne provoquent pas d’infertilité et la fertilité revient rapidement après leur arrêt. L’organisation précise également que les dispositifs intra-utérins ne causent pas d’infertilité et que la fertilité revient immédiatement après leur retrait.
Cette distinction est importante : une modification des règles, des saignements irréguliers, des douleurs ou d’autres effets secondaires ne signifient pas qu’une femme est devenue infertile. De même, certaines méthodes peuvent être associées à un délai variable avant le retour de la fertilité sans entraîner une infertilité permanente.
L’infertilité elle-même peut avoir de nombreuses causes et concerner aussi bien les femmes que les hommes. Elle est définie par l’OMS comme l’incapacité à obtenir une grossesse après 12 mois ou plus de rapports sexuels réguliers et non protégés.
Quand les croyances prennent le pas sur l’information
« Un implant fait grossir », « un stérilet rend stérile », « une pilule détruit les ovaires » : dans les conversations entre proches ou sur les réseaux sociaux, les affirmations sur la contraception peuvent rapidement prendre la forme de certitudes.
Une expérience individuelle peut alors devenir une explication générale. Une femme qui constate une modification de son cycle après avoir commencé une méthode peut l’attribuer à celle-ci. Une autre peut renoncer à une contraception parce qu’une proche lui a raconté avoir eu des difficultés à concevoir après son utilisation.
L’OMS identifie notamment la crainte des effets secondaires et la mésinformation parmi les obstacles pouvant décourager le recours à la planification familiale. Elle souligne également que le choix d’une méthode doit tenir compte de l’état de santé, des besoins et des préférences de chaque personne.
Le problème n’est donc pas de nier les expériences des utilisatrices. Les effets indésirables existent et certaines méthodes peuvent ne pas convenir à certaines femmes. L’enjeu est de permettre de faire la différence entre une réaction individuelle, un effet secondaire connu et une atteinte réelle de la fertilité.
Choisir sans renoncer à son projet d’enfant
La contraception ne se résume pas à une pilule, un implant ou un dispositif placé dans l’utérus. Elle renvoie à la possibilité, pour une femme ou un couple, de décider du moment d’une grossesse et de l’espacement des naissances.
Les méthodes sont nombreuses et leurs caractéristiques diffèrent. Le préservatif permet également de prévenir les infections sexuellement transmissibles, tandis que les implants et les DIU offrent une contraception de longue durée. Le choix dépend notamment de l’état de santé, du projet de grossesse, des préférences personnelles et de la capacité à utiliser correctement la méthode.
Pour Élise Kakam, cette possibilité de choisir est au cœur de la planification familiale. « Pour nous, le conseil, c’est de se mettre à la méthode qui va le mieux avec notre organisme », souligne-t-elle.
L’enjeu dépasse ainsi la seule prévention d’une grossesse. Selon l’OMS, la planification familiale permet aux personnes de décider du nombre d’enfants qu’elles souhaitent avoir et de l’espacement des grossesses. Elle peut également contribuer à réduire les risques liés aux grossesses non désirées et favoriser, plus largement, les opportunités éducatives et économiques des femmes.
Parler de contraception, c’est aussi parler de fertilité
La peur de l’infertilité ne disparaît pas simplement parce que les données scientifiques sont disponibles. Elle se nourrit aussi des expériences personnelles, des conversations familiales, des croyances et parfois d’une information médicale insuffisante.
D’où l’importance du dialogue avec les professionnels de santé. Une femme confrontée à des effets indésirables ou à une inquiétude sur sa fertilité doit pouvoir obtenir une réponse adaptée plutôt que de s’en remettre à une rumeur ou à une expérience rapportée par une proche.
La question n’est donc pas seulement de savoir quelle méthode utiliser pour éviter une grossesse. Elle est aussi de permettre à chaque femme de préserver son projet reproductif tout en disposant d’une information fiable sur les avantages, les limites et les effets possibles de la méthode choisie.
Car derrière la peur d’une grossesse non désirée peut se cacher une autre peur : celle de ne plus pouvoir devenir mère lorsque le moment sera venu.
Face à cette peur, l’information médicale ne constitue pas seulement un outil de prévention. Elle peut aussi permettre aux femmes de faire des choix éclairés sans renoncer à leur avenir reproductif. FIN
AYIBE Ablavi Ayélo