
Les leaders religieux et traditionnels de plusieurs pays africains sont réunis depuis lundi 28 septembre 2026 à Lomé pour quatre jours de travaux consacrés au renforcement de leur engagement en faveur de l’autonomisation des filles et des femmes, avec pour objectif d’agir notamment sur les normes sociales à l’origine des mariages d’enfants, des grossesses précoces, des violences basées sur le genre et des abandons scolaires.
Organisé dans le cadre du projet SWEDD+, l’atelier doit notamment permettre d’actualiser un guide régional destiné à accompagner les responsables religieux et traditionnels dans leurs actions de communication auprès des communautés.
Les participants sont appelés à y intégrer les références religieuses et les réalités culturelles propres aux différents pays.
L’enjeu est de passer d’actions ponctuelles de sensibilisation à un dispositif mieux structuré, avec des messages adaptés aux contextes communautaires et un mécanisme permettant de suivre les engagements pris.
Le projet SWEDD+, mis en œuvre sur la période 2024-2028 dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, notamment le Burkina Faso, la Gambie, la Mauritanie, le Sénégal, le Tchad, le Mali et le Togo, place la transformation sociale et comportementale au cœur de ses interventions.

Pour l’UNFPA, l’implication des leaders religieux et traditionnels est essentielle en raison de leur influence sur les comportements et les décisions au sein des familles.
« L’autonomisation des filles et des femmes ne peut être pleinement durable sans une transformation positive des normes sociales et culturelles qui façonnent les comportements », a souligné Elise Kakam, représentante résidente de l’UNFPA au Togo, représentant le directeur régional de l’organisation pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre.
Selon elle, les investissements dans l’éducation, la santé ou l’emploi peuvent rester limités si certaines barrières socioculturelles persistent. Une fille peut ainsi avoir accès à l’école, mais voir sa scolarité interrompue en raison d’un mariage précoce, tandis que la stigmatisation peut empêcher une adolescente d’accéder aux services de santé sexuelle et reproductive.
Les responsables communautaires sont ainsi appelés à favoriser le dialogue au sein des familles, à combattre les préjugés et à orienter les personnes vers les services compétents.
« Il ne s’agit pas de vous demander de vous substituer aux professionnels de santé, de justice ou de protection. Nous vous sollicitons en tant que champions du changement social positif », a précisé Mme Kakam.
Des engagements à mesurer
À l’ouverture des travaux, le Togo a également insisté sur le rôle des responsables religieux et traditionnels dans la lutte contre les pesanteurs sociales qui affectent les filles et les femmes.
Selon Edjéou Essohanam, directeur de cabinet du ministère de la Planification du Développement, malgré les progrès réalisés dans l’éducation des filles et l’autonomisation économique des femmes, certaines normes sociales continuent de freiner ces avancées.
« Le mal profond qui maintient les femmes et les filles dans la vulnérabilité trouve sa source dans les pesanteurs sociales, culturelles et les normes de genre mal interprétées, mal comprises, mal appliquées », a-t-il déclaré.
Il a notamment cité les mariages d’enfants, les grossesses précoces et les pressions sociales ou conjugales susceptibles de contraindre des femmes à abandonner leurs activités économiques.
L’implication des leaders religieux et traditionnels doit, selon lui, contribuer à accompagner les efforts engagés par les pouvoirs publics.
Les participants devront également élaborer des plans d’action et contextualiser le guide régional en s’appuyant sur les textes religieux et les valeurs culturelles favorables à l’éducation des filles, à la protection contre les violences et à l’égalité entre les sexes.
Une plateforme régionale des leaders religieux et traditionnels devrait par ailleurs être mise en place afin de faciliter le partage d’expériences et le suivi des actions. Les unités de gestion des projets SWEDD+ dans les différents pays seront appelées à suivre la mise en œuvre des engagements, avec l’appui notamment de la Banque mondiale, de l’UNFPA et du Secrétariat technique régional.
Pour le coordonnateur opérationnel de SWEDD+ Togo, Yevessé Dandonougbo, l’enjeu est désormais de mesurer les résultats des engagements pris à Lomé.

« Nous pouvons définir un cadre, nous pouvons définir un guide, il faut mesurer à la fin si les indicateurs permettent d’évaluer tout ce qui a été fait, tout ce qui a été dit et l’engagement qui a été pris », a-t-il expliqué.
Parmi les résultats attendus figurent notamment la réduction des grossesses précoces et des abandons scolaires.
« Ce que nous attendons, c’est réduire également les grossesses précoces, que les abandons scolaires soient réduits et qu’on ait zéro abandon dans nos communautés », a indiqué M. Dandonougbo.
Au Togo, cette mobilisation s’inscrit dans la continuité des actions menées contre les pratiques néfastes, notamment à travers l’implication de chefs traditionnels et de leaders religieux dans les campagnes de sensibilisation et la Déclaration de Notsè adoptée en 2013 sur la lutte contre les pratiques sociales néfastes aux enfants. FIN
Bernadette AYIBE