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Cameroun : l’absence prolongée du président Paul Biya relance le débat sur l’inertie du pouvoir

Paul Biya

L’absence prolongée du président camerounais Paul Biya, en Suisse depuis le 7 juin, suscite à nouveau des interrogations et relance le débat sur l’inertie du pouvoir, dans une société camerounaise en attente de changements.

Paul Biya, à la tête du Cameroun depuis 1982 et doyen des chefs d’Etat dans le monde, est âgé de 93 ans. Cela fait 48 jours samedi qu’il a quitté le sol camerounais, parti le 7 juin pour un « court séjour privé en Europe » selon un communiqué officiel, accompagné de son épouse Chantal Biya.

L’état de santé de M. Biya, qui séjourne très régulièrement à Genève, fait l’objet de maintes rumeurs, parfois démenties par le gouvernement.

Le 18 juin, en réaction à des articles de presse, le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, a publié un communiqué pour démentir l’hospitalisation du dirigeant camerounais dans une clinique genevoise.

Pour l’opposition camerounaise, cette absence du président est révélatrice d’un « vide institutionnel criant », selon les mots de Mamadou Mota, vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), sur Facebook vendredi.

« Pilotage automatique »

Mi-juillet, la présidente de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), Patricia Tomaïno Ndam Njoya, a ainsi appelé le gouvernement à définir « une procédure impartiale de constatation de l’empêchement temporaire ou définitif » du chef de l’Etat.

James Fame Ndongo, cadre du parti présidentiel et ministre de l’Enseignement supérieur, a balayé mardi les accusations de vacance du pouvoir, arguant qu' »où il se trouve, le chef de l’Etat suit méticuleusement les dossiers que lui soumettent (…) ses collaborateurs ».

Ces controverses sur la vacance du pouvoir au Cameroun sont récurrentes. La dernière date de fin 2024, quand M. Biya avait séjourné une cinquantaine de jours hors du pays.

Un autre parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), a jugé vendredi que le pays était « en pilotage automatique », non sans ironie.

Ces absences répétées, depuis plus de vingt ans, ne cessent d’alimenter la frustration de nombreux Camerounais face à l’inertie du pouvoir. « Les gens sont déjà épuisés d’attente », reconnaît Viviane Ondoua Biwolé, professeure en management public à l’université de Yaoundé, interrogée par l’AFP.

« D’abord parce que le gouvernement actuel est en place depuis huit ans, ce qui constitue un record. Ensuite parce que nous sortons d’une élection aux résultats très mitigés. Beaucoup considèrent qu’après une élection, c’est le moment du renouvellement », poursuit-elle.

La réélection de M. Biya à un huitième mandat en octobre 2025 avait donné lieu à des manifestations réprimées dans le sang – le gouvernement reconnaissant « plusieurs dizaines » de morts sans fournir de bilan exact.

Les résultats, contestés par l’opposition, avaient suscité une certaine réserve parmi les chancelleries occidentales.

Deux mois plus tard, dans son discours à la Nation du 31 décembre, M. Biya avait assuré qu’il procéderait à la formation d’une nouvelle équipe gouvernementale « dans les prochains jours ».

Mais 7 mois après, il n’a toujours pas formé le nouveau gouvernement qu’il avait lui-même annoncé. A cela s’ajoutent les multiples reports des élections municipales et législatives, allongeant indéfiniment le mandat des élus en place.

Après-Biya

Le pouvoir camerounais a néanmoins initié récemment certains changements dans les institutions, avec le remplacement des présidents des deux chambres du parlement en mars, puis la création d’un poste de vice-président par une réforme constitutionnelle début mai.

Mais une fois de plus, bientôt trois mois après la réforme, aucun vice-président n’a été nommé. Et cette attente a immanquablement nourri les fantasmes.

En juin, un individu s’est présenté au siège de la radio publique à Yaoundé pour y déposer un document présenté comme un décret présidentiel de nomination du vice-président de la République.

Le faux document comportait bien les sceaux de la présidence et une signature attribuée à M. Biya, mais n’a pas trompé la vigilance des journalistes qui ne l’ont pas diffusé, alimentant toutefois les rumeurs.

Ces manoeuvres institutionnelles ne font qu’amplifier les spéculations quant à l’après-Biya et semblent aussi accélérer la course pour sa succession, qui reste entourée d’un épais brouillard.

« Il y a de manière plus ou moins visible, une crise qui existe au sommet de l’État entre les proches du président », affirme Mme Ondoua Biwolé.

Ce que confirme à l’AFP le politologue Stéphane Akoa: « De plus en plus d’indiscrétions font état de querelles entre les différents clans dans son entourage ».

Derrière l’un de ces « clans », l’ombre de Chantal Biya, la Première dame, « de plus en plus présente dans les affaires de l’Etat », « son nom étant souvent cité dans les prises de décisions et les nominations au sommet de l’Etat », observe M. Akoa.

Tant qu’un vice-président n’a pas été nommé, il incombe au président du Sénat, Aboubakary Abdoulaye, de prendre le relais en cas de vacance du pouvoir, le temps qu’une élection présidentielle soit organisée.

Source : Afp

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