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Hypertension artérielle : à 23 ans, ils font déjà face à une maladie qui ne prévient pas

Alice

À 23 ans, Alice a déjà connu une crise cardiaque et subi la pose de deux stents. Vladmir, lui, prend des médicaments, mais ne semble pas encore mesurer toute la portée de son hypertension. Leurs histoires racontent deux façons de vivre avec une maladie longtemps associée aux personnes âgées. Au Togo, les jeunes adultes sont également concernés par cette menace silencieuse, dont la progression appelle à davantage de prévention et de vigilance.

‘’Le symptôme le plus dérangeant pour moi est mon irritabilité’’. À 23 ans, Alice, étudiante en troisième année de licence en droit privé, n’imaginait probablement pas que sa santé cardiaque deviendrait une préoccupation aussi importante dans sa vie. Passionnée de sport et de lecture, elle a découvert son hypertension artérielle après une crise cardiaque. Une épreuve qui a bouleversé son quotidien et l’a conduite dans le cabinet d’un cardiologue.

Son parcours médical a été particulièrement éprouvant. Après la découverte de son hypertension, un Holter implantable lui a été posé dans une clinique à Lomé. Ce petit appareil permet d’enregistrer le rythme cardiaque sur une longue période, pouvant aller jusqu’à environ trois ans selon la durée de vie de sa batterie. Elle a ensuite subi une épreuve d’effort, puis une coronarographie, avant la pose de deux stents.

Mais les soins ne se sont pas limités aux interventions médicales. Alice a également dû revoir ses habitudes de vie. Elle a notamment réduit sa consommation de sel, s’est inscrite dans une salle de sport et s’est imposé une heure d’exercice physique par jour. Pour mieux gérer le stress et l’irritabilité, elle a aussi sollicité l’aide d’un psychologue et d’un homéopathe.

Deux ans plus tard, un nouveau contrôle avec son cardiologue a montré une tension redevenue normale, autour de 12/8. Son traitement antihypertenseur avait entre-temps été arrêté sous suivi médical.

Aujourd’hui, Alice accorde une place importante au sport, à la prière, à la lecture et à la maîtrise de son environnement. Elle conseille notamment de prendre ses distances avec les situations et les relations qui alimentent le stress. Elle invite également les jeunes à ne pas négliger l’activité physique et à s’accorder des moments de détente.

‘’C’est facile de dire : prenez la vie comme elle vient. Mais, en pratique, éloignez-vous de tout ce qui vous stresse, amis ou proches qui vous énervent. Ne négligez pas le sport quotidien. Sortez avec de nouveaux groupes pour faire des découvertes, même juste pour une journée. Lisez ce qui vous détend et évitez de regarder les informations en permanence. La violence du monde est stressante’’, conseille-t-elle.

À quelques années près, Vladimir, 25 ans lui aussi, vit une expérience différente. Étudiant en médecine, il sait ce que représente l’hypertension artérielle. Pourtant, son diagnostic ne l’a pas conduit à revoir profondément son mode de vie.

‘’On m’a diagnostiqué une hypertension artérielle tout jeune. J’avoue que, sur le coup, je n’ai pas vraiment réalisé’’, confie-t-il. Son médecin lui a pourtant expliqué les causes, les risques et les précautions à prendre. Mais le jeune homme reconnaît ne pas avoir véritablement changé ses habitudes.

Il prend deux comprimés chaque matin, même s’il lui arrive parfois de les oublier. Il a réduit sa consommation de sel et essaie de surveiller son alimentation. Pour le reste, il continue de vivre comme avant. L’absence de symptômes semble notamment contribuer à cette relative insouciance.

‘’Je ne ressens rien, alors pourquoi changer ? Je n’ai aucun symptôme, pas de maux de tête, pas de vertiges, rien. Alors, pourquoi paniquer ?’’, s’interroge-t-il.

Son médecin lui recommande pourtant de pratiquer une activité physique, de marcher régulièrement, de bien dormir et de mieux gérer son stress. Il lui rappelle également les risques de complications pour le cœur et les reins.

Vladimir connaît ces avertissements, mais préfère ne pas trop s’en inquiéter. ‘’La vie est déjà assez compliquée. Je me dis qu’il y a des choses bien pires. La vie est courte. Je préfère en profiter et vivre l’instant présent. On verra bien’’, lâche-t-il.

Deux témoignages, deux attitudes et une même réalité : l’hypertension artérielle peut bouleverser la vie des jeunes adultes, mais aussi passer inaperçue lorsque ses manifestations ne sont pas ressenties.

Une maladie qui concerne aussi les jeunes

Au Togo, l’hypertension artérielle ne se limite pas à la population âgée. Une thèse consacrée aux facteurs associés à cette maladie chez les jeunes adultes rapporte une prévalence d’environ 30 % dans la population générale et de 24,8 % chez les personnes âgées de 18 à 40 ans.

Ces chiffres rappellent que les jeunes ne sont pas épargnés. Les facteurs associés à l’hypertension dans cette tranche d’âge sont multiples. L’étude en identifie cinq grandes catégories : les facteurs psychologiques, socioaffectifs, médico-nutritionnels, économiques et culturels.

La question mérite d’autant plus d’attention que la maladie peut évoluer pendant plusieurs années sans provoquer de signes évidents.

Une analyse comparative des enquêtes nationales STEPS de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), réalisées au Togo en 2010 et en 2021, confirme une augmentation significative de la prévalence de l’hypertension artérielle entre les deux périodes.

L’étude, menée auprès des adultes de 18 à 69 ans, montre également que l’âge reste associé à la maladie. En 2021, le risque était notamment plus élevé chez les personnes de 30 à 39 ans, de 40 à 49 ans et de 50 ans ou plus, comparativement aux moins de 30 ans.

Autre enseignement : le surpoids et l’obésité étaient associés à l’hypertension en 2021. En revanche, les facteurs comportementaux étudiés, notamment la consommation d’alcool, de tabac et de fruits, n’étaient pas significativement associés à la maladie dans cette analyse.

Ces résultats mettent en évidence la nécessité de renforcer les actions de prévention et de prise en charge des facteurs de risque cardiovasculaire.

L’alimentation et le mode de vie en première ligne

Pour Mathieu Tobossi, directeur général de la Nouvelle Formule Sanitaire (NFS) et expert en diagnostic métabolique et thérapies nutritionnelles, l’alimentation occupe une place importante dans la prévention de l’hypertension.

Il insiste notamment sur la nécessité de réduire les excès de sel, d’alcool et de certains produits transformés. Il recommande une alimentation riche en fruits et légumes, ainsi qu’une attention particulière à la qualité des huiles consommées.

‘’On peut vaincre l’hypertension. Nous devons éviter l’excès de sel, l’alcool, le cube et les huiles raffinées. Ces aliments accélèrent la dégradation des organes vitaux. Il faut toujours manger des fruits et légumes, qui contiennent des fibres’’, souligne-t-il.

Il préconise également de privilégier certaines huiles produites localement et pressées à froid, notamment les huiles de palme, de kluiklui et de soja, en les alternant.

Mais l’alimentation n’est pas le seul levier. Le professeur René Baragou, chef du service de cardiologie au CHU Sylvanus Olympio, rappelle que le contrôle régulier de la tension artérielle est essentiel, même en l’absence de symptômes.

Pour les personnes dont la pression artérielle est optimale, autour de 120/80 mmHg, il recommande une mesure au moins tous les cinq ans dans le cadre des examens de routine. Lorsque les valeurs sont normales, mais élevées, à partir de 130/80 mmHg, un contrôle annuel est indiqué. La mesure à domicile, de préférence au niveau du bras, constitue également un moyen de surveillance.

Le spécialiste insiste sur le caractère souvent silencieux de l’hypertension. Certaines personnes peuvent vivre longtemps avec une pression artérielle élevée sans en avoir conscience. Cette absence de manifestations peut retarder le diagnostic et favoriser l’apparition de complications.

Les antécédents familiaux doivent aussi retenir l’attention. Lorsqu’un parent ou un grand-parent souffre d’hypertension, le risque peut être plus important. Le professeur conseille alors un suivi plus régulier, notamment après 30 ans, ainsi que l’adoption de bonnes habitudes alimentaires dès le plus jeune âge.

L’âge, les maladies rénales, le diabète et l’apnée du sommeil figurent également parmi les facteurs à prendre en considération. À cela s’ajoutent le tabagisme, les perturbations du métabolisme des lipides et l’augmentation du taux de sucre dans le sang.

Les conséquences d’une hypertension non maîtrisée peuvent être graves : accidents vasculaires cérébraux (AVC), crises cardiaques, insuffisance cardiaque ou encore insuffisance rénale pouvant conduire à la dialyse. Une poussée tensionnelle aiguë, supérieure à 180/120 mmHg, constitue notamment une situation qui nécessite une prise en charge médicale urgente.

Changer ses habitudes sans interrompre son traitement

Pour le professeur René Baragou, la prévention passe avant tout par une évolution durable des habitudes de vie. Il recommande de réduire la consommation de sel, de limiter l’alcool, de contrôler son poids et d’adopter une alimentation équilibrée, notamment inspirée du régime méditerranéen, qui privilégie les légumes, les fruits, le poisson et les noix.

L’activité physique régulière reste également importante. Le spécialiste préconise des exercices d’endurance de 30 à 45 minutes, trois à quatre fois par semaine, ainsi que des méthodes de détente et des étirements pour mieux gérer le stress.

Mais changer ses habitudes ne signifie pas abandonner les médicaments prescrits. Certains patients peuvent ressentir des effets secondaires, notamment de la fatigue, des vertiges, des troubles digestifs, des insomnies ou des gonflements des jambes. Ces désagréments peuvent parfois les pousser à interrompre leur traitement.

‘’L’erreur est de stopper ou de modifier son traitement soi-même. En cas de troubles gênants, il faut en parler à son médecin. Il est nécessaire d’adapter les prescriptions avant de trouver la bonne solution’’, prévient-il.

Le parcours d’Alice montre qu’une prise en charge médicale accompagnée d’un changement du mode de vie peut permettre une amélioration de la situation. Celui de Vladimir rappelle, en revanche, que l’absence de douleur ou de symptômes ne signifie pas que le danger a disparu.

À 23 ans, l’un comme l’autre sont confrontés à une maladie qui ne devrait pas être considérée comme une préoccupation réservée aux générations plus âgées. Pour les jeunes Togolais, connaître les risques, faire contrôler régulièrement sa tension et respecter les prescriptions médicales constituent des réflexes essentiels. Car face à l’hypertension, attendre les premiers signes peut coûter cher. FIN

Ablavi Ayélo AYIBE

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