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Dépigmentation : quand la quête d’une peau plus claire expose à des risques sanitaires

La dépigmentation artificielle, pratique qui consiste à modifier la couleur naturelle de la peau à l’aide de produits éclaircissants, peut entraîner diverses complications cutanées et, selon les substances utilisées, affecter d’autres fonctions de l’organisme, alertent des dermatologues.

Au-delà des considérations esthétiques, ces spécialistes mettent en garde contre une pratique favorisée notamment par certains canons de beauté valorisant les peaux claires. Ils appellent à une meilleure information sur les produits utilisés et à une prise en charge médicale des complications liées à leur usage.

« Tout ce qui éclaircit la peau est dangereux, un point c’est tout », affirme Raymond Kossi Barruet, dermatologue, diabétologue et échographiste, président de la Société togolaise de dermatologie et des infections sexuellement transmissibles (SOTODERM).

Selon lui, la peau joue un rôle essentiel dans la protection de l’organisme, notamment contre les rayonnements ultraviolets et différents agents extérieurs. L’utilisation de produits dépigmentants peut perturber cette fonction et provoquer des lésions, des modifications de la pigmentation ou d’autres affections cutanées.

Les effets dépendent toutefois des produits utilisés et des substances qu’ils contiennent. Certaines peuvent être absorbées par l’organisme et entraîner des complications au-delà de la peau, souligne le dermatologue, qui met également en garde contre les conséquences d’un usage prolongé.

Une pratique liée aux normes de beauté

La dépigmentation ne relève toutefois pas uniquement d’une question de santé. Pour Raymond Kossi Barruet, elle est aussi liée à la manière dont certaines sociétés définissent la beauté et valorisent les peaux claires.

La valorisation des peaux claires dans certains canons de beauté peut conduire certaines personnes à vouloir modifier leur couleur naturelle, parfois au prix d’un usage répété de produits dont la composition et les effets sont mal maîtrisés.

« Il faut savoir être fier de ce que l’on est et ne pas chercher à changer son image », estime le dermatologue.

Il préconise notamment une bonne hydratation de la peau, l’utilisation de produits adaptés et l’éviction des substances agressives. Il recommande également de consulter un dermatologue dès l’apparition de lésions ou d’autres problèmes cutanés.

Bérénize Dégbié, professeure titulaire, dermatologue et vénérologue à la Faculté des sciences de la santé de l’Université d’Abomey-Calavi (Bénin), appelle également à ne pas banaliser la dépigmentation.

« La dépigmentation, ce n’est pas seulement un phénomène, c’est une maladie », affirme-t-elle, insistant sur les conséquences de la pratique sur la fonction protectrice de la peau.

La spécialiste attire également l’attention sur l’utilisation de substances susceptibles de présenter des risques pour la santé et s’inquiète particulièrement de la pratique chez les jeunes.

Pour elle, la prévention passe notamment par des soins simples, reposant sur le nettoyage et l’hydratation de la peau, ainsi que par une utilisation raisonnée des produits cosmétiques.

Des infections aux complications plus graves

Mamadou Kalogo, dermatologue au CHU de Treichville (Côte d’Ivoire), décrit plusieurs complications associées à l’usage de produits dépigmentants.

Selon lui, les premières manifestations concernent la peau, avec notamment des infections bactériennes, mycosiques ou parasitaires et des modifications de la pigmentation.

Des taches blanches ou foncées, des lésions, des vergetures et un épaississement de certaines zones cutanées peuvent également apparaître, selon le spécialiste.

La peau peut ainsi présenter des changements de couleur ou d’aspect parfois importants par rapport aux zones non traitées.

Les complications peuvent aussi dépasser la sphère cutanée lorsque certaines substances sont absorbées par l’organisme.

Le dermatologue appelle toutefois à distinguer les effets selon les produits et leurs composants, certains pouvant présenter des risques systémiques plus importants que d’autres.

La diminution de la mélanine peut également réduire la protection naturelle de la peau contre les rayonnements ultraviolets. Cette vulnérabilité est particulièrement à prendre en compte lorsque les produits utilisés altèrent durablement la pigmentation naturelle.

La question du contrôle des produits

Au-delà de la prise en charge médicale, la circulation des produits dépigmentants pose aussi la question de leur contrôle. Mamadou Kalogo appelle à renforcer la réglementation et le contrôle sanitaire des produits commercialisés sur les marchés africains.

« Il faut qu’il y ait une réglementation dans les produits qui sont vendus sur nos marchés. Il faut qu’il y ait un contrôle sanitaire des produits qui sont vendus », plaide-t-il.

Le spécialiste estime que les autorités doivent mieux encadrer la commercialisation des produits présentant des risques pour la santé. Il souligne également l’importance de la prévention et de l’information sur la composition des produits et leurs effets, certaines complications pouvant être difficiles à prendre en charge une fois installées. FIN

Bernadette AYIBE

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